Michel Bizet

Psychanalyste - Conseiller en santé mentale

Relations de transition

« Je pensais que cela ne m'arriverait jamais, que cela n'arrivait que chez les autres, mais il me semble que j'ai été confrontée à une relation de transition, une relation antalgique dont le seul but est de soulager ma douleur avant de passer à la suivante », confesse un jour Anna*. « Je me sens totalement stupide ! Chaque fois que je suis dans une relation de transition avec des femmes. Cela ne semble pas les satisfaire autant qu'elles le voudraient », se plaint Marcos*.

Étant conscient de l’ampleur de cette thématique concernant les relations de transition, évoquées par Anna et Marcos, je voudrais parler de ce type de relations qui tourmentent beaucoup de gens de nos jours, en expliquant en quoi elles consistent et pourquoi elles se produisent si souvent. Si toutefois ces relations sont un problème en soi, nous devrons les suivre à long terme et les étudier globalement, ce qui n’est pas faisable ici ou ce serait très superficiel. Par conséquent, je me limiterai à présenter quelques faits et vous laisse en tirer vos propres conclusions ...

Tout d'abord, la signification de ces relations transitoires doit être clarifiée. Dans notre cycle de vie, nous créons également un cercle de relations humaines : certaines d’entre elles sont amicales, d'autres sont amoureuses, toutes celles-ci forment néanmoins un cercle, semblable à celui de la vie. Elles grandissent, mûrissent et meurent avec nous ou nous « tuent » de notre propre gré.

Il existe donc de nombreuses catégories dans les relations amoureuses : les amours adolescents, les coups de foudre, les relations du premier baiser ou du premier amour, les relations au jour le jour, les relations de « bien, à quoi je pensais », les relations WTF … la liste peut être infinie. Les relations de transition que nous avons connues, que ce soit par notre propre expérience ou par le témoignage d’une autre personne, nous concernent tous.

Ce sont des relations dans lesquelles on est impliqué par choix ou inconsciemment et qui servent essentiellement de passerelle vers la suivante. Nous entendons parfois parler de relations-pansements dont le seul but est de couvrir et de masquer la douleur d'une séparation, et parfois de relations-antalgiques conçues pour mettre fin à la douleur de la séparation. Mais le résultat est toujours le même : malaise, insatisfaction, dépression. Ceux qui ont été dans de telles relations comprennent beaucoup plus et ressentent beaucoup plus que tout cela, mais dans tous les cas, ils se demandent « pourquoi moi ? »

J'aimerais pouvoir donner une réponse à cette question qui puisse satisfaire tout le monde, mais ce n'est pas possible. Cependant, il est prouvé que ces relations sont nécessaires, peu importe comment et pour quelle raison une personne est impliquée. Et j'expliquerai en mots simples pourquoi je pense qu'ils sont nécessaires des deux côtés.

D'une part, le désir de l'un de transcender le premier et le désir de l'autre de s'occuper d'un homme qui est dans le besoin à ce moment-ci plus que quiconque : le manque total de confiance en soi, nécessaire pour établir des relations directes avec une personne à long terme, et le besoin de l'autre de se retrouver dans une relation, quelle que soit cette relation, juste pour la sécurité. Parfois, l’un pense pouvoir tout simplement tomber amoureux à nouveau, tout en essayant de tomber amoureux - mais sans succès -, et l’autre se "casse" et tombe dans les griffes d’un faux amour sans lendemain.

Les exemples sont infinis et les analyses sont encore plus complexes. Ceci est parfaitement raisonnable car les relations humaines elles-mêmes sont diverses et complexes, de sorte que toute étude ou tout article ne semble pas en mesure de traiter tous les aspects. Nous nous contentons de certaines caractéristiques clés et communément acceptées par la majorité pour arriver à la conclusion que, quelles que soient les causes ayant conduit certaines personnes à des relations de transition, celles-ci sont riches en expériences.

D'autre part, celui qui s'est trouvé dans une telle relation fait inconsciemment de gros efforts pour connaître l'autre qui a du mal à oublier son ex. Il apprend à ne pas être égoïste, à s’occuper de l’autre, à s’efforcer davantage de gagner l’autre. L'altruisme qui caractérise ces relations renforce le potentiel d'une personne, bien que le potentiel de la relation soit, bien sûr, compromis. Un effort unilatéral sans fin renforce l'un et l'autre mentalement, consciemment ou non. L’avantage réside donc non seulement dans l’expérience des relations et de la vie, mais aussi dans l’énergie dynamique et positive qu’une telle relation apporte à la vie.

Cependant, il y a aussi l’antipode, celui de la douleur et de la douleur qui laisse derrière soi une relation de transition, parfois consciemment et parfois inconsciemment. Sans aucun doute un sujet majeur, mais difficile à traiter en détail ici, mon objectif étant de répondre à la nécessité de relations de transition.

Je me rends compte que ce qui gêne la plupart des gens qui communiquent avec moi, c'est la gestion de la douleur et pour les rassurer, je répète que chaque relation est unique et qu'aucune généralisation ne sert à rien. Un traitement spécial et un traitement individuel sont nécessaires, s’ils le souhaitent, afin d’être capables de ne plus se retrouver impliqués de manière répétée dans une relation de transition.
 
* Les noms ont été modifiés.

© Michel Bizet, 2019

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