Michel Bizet

Psychanalyste et Formateur

N'ayez pas honte de ce que vous êtes !

Bien que beaucoup de choses aient été écrites et dites à propos de la honte – la bibliographie est interminable (voir la bibliographie indicative à la fin de l'article) – j’ai pensé, à l’occasion de la séance avec Christophe*, revenir sur ce sentiment que nous avons tous plus ou moins ressenti à un moment donné dans nos vies. 

La honte est un sentiment complexe qui diffère des autres émotions en raison de ses dimensions sociales. La honte est un mélange d’émotions simples, telles que la peur, la colère ou la tristesse, mais également d’émotions plus complexes, telles que la faiblesse, la colère, le désespoir ou le vide. Elle se manifeste physiquement par divers symptômes, tels que baisser les yeux, la tête, rougir ou même adopter un comportement agressif d'autodéfense.

Elle est parfois confondue avec la culpabilité, ce qui contribue à la phobie sociale. Mais les choses ne sont pas si simples. Certains pensent que la honte a des aspects à la fois positifs et négatifs. Avant d’analyser ma vision de la honte, qui est une approche purement personnelle n’engageant que moi seul, je vais en décrire brièvement les deux aspects.

On considère donc que les aspects positifs de la honte se situent dans les domaines de l'éducation, de l'apprentissage de la vie sociale et de l'humanitaire. De cette manière, la honte régule les relations sociales, nous protège tous et nous indique les limites qui ne doivent pas être dépassées. Cependant, la honte est positive lorsqu'elle restreint notre comportement sans altérer notre identité, en particulier lorsque la honte est confondue avec le sentiment de culpabilité. Malheureusement, les cultures occidentales modernes, l'Europe et l'Amérique, sont enracinées dans le sentiment de culpabilité et certains experts les appellent des "cultures de culpabilité".

La honte, surtout quand elle implique des doses de culpabilité, a des aspects négatifs et a tendance à être excessive chez une personne. Parfois, cela conduit à l'isolement à cause d'humiliation, de mépris ou de ridicule, parfois d'agression, à cause du secret, de la régression sociale ou de l'illégalité. Ces symptômes peuvent également être inversés, à savoir une personne peut s’isoler en raison de la régression sociale et une autre peut devenir agressive en raison du ridicule, dû à la fluidité des émotions.

Mais le plus grave problème affectant la psychologie d'une personne se trouve quand la honte amène à une faible estime de soi, même à la haine. La honte peut signaler une blessure profondément narcissique, cachée ou exagérée. Pour illustrer cela, prenons un exemple simple : un jeune homosexuel qui, alors que son environnement social semble l’accepter, a été critiqué pour son apparence. En particulier, son entourage amical ne rate pas l’occasion de lui rappeler que son comportement est "provocateur".

En fait, ils ne se rendent pas compte que, lui, victime de la honte et d’une blessure profondément narcissique, qui ne lui permet pas de s’aimer, se manifeste de manière plus "provocante" et exagère son homosexualité. Cependant, il s'agit d'un exemple parmi d'autres, mais avec des éléments similaires.

Christophe vint me consulter avec un trouble psychologique grave, une dépression, une phobie sociale et des tendances suicidaires. Ses symptômes externes étaient une perte d’énergie significative, l’insomnie, un retrait social, un désespoir sévère et une dépression. Dans ce cas, il était clair qu'il était vital de demander l'aide d'un conseiller en santé mentale. Jeune, professionnellement et socialement reconnu, il doit faire face au rejet de sa famille en raison de son homosexualité. En d'autres termes, le sentiment de honte empêche sa famille de l'accepter. Mais pourquoi à ce degré ?

Bien que cette question nécessite de nombreuses analyses, je vais essayer de présenter le plus brièvement et le plus substantiellement possible les raisons de ce rejet honteux. Il m'a dit qu'il se sentait fier de lui. Ma question était donc la suivante : quel est le contraire de la fierté ? sans obtenir de réponse. Mais bien sûr, honte ! C’est ce que sa famille ressent, bien qu’elle semble l’accepter pour son statut social. "Ils m'acceptent à moitié, comme un salami que nous coupons au milieu et jetons celui qui a été gâté", a-t-il avoué.

La honte, telle que définie par le psychanalyste français Serge Tisseron, est un sentiment social. En psychanalyse, on trouve la honte dans le complexe œdipien lorsque l’enfant désire le parent du sexe opposé – ou du même sexe dans le cas de l’homosexualité – et que ce désir est un produit de la honte incapable de rivaliser avec le parent du même sexe – ou du sexe opposé – parce qu'il le considère simplement supérieur.

Quand une personne se sent timide dans sa vie d'adulte, nous explique Tisseron, cela concerne la projection d'instances parentales dans des personnages ou des situations, une répétition de la honte vécue au sein de la famille. Tisseron explique que certaines théories psychanalytiques expliquent ce qui se cache derrière le sentiment de honte, mais je n'irai pas plus loin.

Une autre caractéristique de la honte est qu’elle est souvent accompagnée, cachée derrière d’autres émotions, telles que le sentiment de culpabilité, qui crée la confusion. L’âme humaine est enracinée dans la famille, qui est un lieu d’identification et d’apprentissage et un lieu de soutien, comme l’évoque Donald Winnicott.

Dans le cas de Christophe, cet endroit semble être devenu un lieu de culpabilité. Comme je l'ai expliqué en détail, la culpabilité qu'il ressent est le résultat de la honte de sa famille, et sa honte est le reflet de la honte de sa famille, en tant que miroir de la honte dans des mots simples.

Un miroir qui porte toujours avec lui et dont il cherche constamment la confirmation, comme dans Blanche-Neige où la méchante reine avait un miroir magique qu’elle regardait et demandait : "Miroir, mon miroir, dis-moi qui est la plus belle ? "Et le miroir dit :" Toi, ma reine, tu es la plus belle de toutes !" 

Le rejet, comme le révèle Tisseron, "peut secouer les meilleures personnalités". Comprendre la honte sous tous ses aspects nécessite non seulement une analyse des situations de honte rencontrées par un enfant, mais également un examen des situations humiliantes vécues par une personne face à ses parents, en tenant compte de la honte cachée, la parentalité de l'enfant, l'environnement social dans lequel les parents appartiennent et les valeurs qu'ils partagent.

Sans aucun doute, la honte est une émotion difficile en raison de sa nature contagieuse et est souvent associée à des déficiences émotionnelles dans l’enfance. Mais c'est un sentiment totalement inutile qui n'a rien à voir avec les troubles mentaux. C'est un sentiment qui vous stigmatise et vous rend silencieux.

Par conséquent, le psychothérapeute est appelé à faire une évaluation proportionnée de la honte, bien que je dirais un meilleur euphémisme, dans le but de recréer le sens d'une existence significative chez le consultant, pourvu de sentiments de honte, d'émotion ou de sentiment subjectifs et déformés, en partageant le sentiment d'un être humain commun (thérapeute) en contact avec un autre être humain (consultant). 

* Le nom a été modifié.


Alors il est temps d'agir ! Je vous attends du mardi au samedi de 11h à 19h pour vous donner les outils dont vous avez besoin vers le chemin du bonheur !
Vous pouvez dès à présent prendre un rendez-vous avec moi en cliquant ici ou ici.


Bibliographie indicative :
Boris Cyrulnik, Mourir de dire la honte, Odile Jacob, 2012.
Serge Tisseron, 
La honte, Psychologie sociale, Dunod, [1992] 2007.



© Éditions Bizet, 2021

Confidentialité et cookies : ce site utilise des cookies. En continuant à naviguer sur ce site, vous acceptez que nous en utilisions.
Pour en savoir plus, y compris sur la façon de contrôler les cookies, reportez-vous à ce qui suit :
Politique relative aux cookies.